Réponse courte : lorsqu’un propriétaire qui est aussi administrateur décède, son poste au conseil prend fin, mais la société et ses actions continuent d’exister. Le représentant de la succession exerce les droits de l’actionnaire et s’en sert pour élire un nouvel administrateur; le nouveau conseil s’occupe ensuite des dirigeants, de la banque et du registre.
Lorsque le propriétaire devient plutôt inapte, les étapes sont semblables mais moins nettes : un administrateur déclaré inapte cesse d’être habile à exercer ses fonctions, et un mandataire en vertu d’une procuration peut généralement exercer les droits du propriétaire comme actionnaire, mais aucune des lois que nous avons vérifiées ne lui permet de prendre la place du propriétaire au conseil. Ce guide porte sur les registres de la société. Les questions de succession, de fiscalité et de famille relèvent d’un avocat, d’un notaire et d’un comptable, idéalement bien avant que tout cela n’arrive.
Le poste d’administrateur prend fin
- Décès : un administrateur cesse d’occuper son poste à son décès selon la loi fédérale (LCSA, art. 108(1)), l’Ontario (art. 121(1)), la Colombie-Britannique (art. 128(1)) et l’Alberta (art. 108(1)). Au Québec, le même résultat découle du Code civil : l’administrateur est le mandataire de la personne morale, et le mandat prend fin au décès (art. 321 et 2175).
- Inaptitude : une personne déclarée inapte selon le droit provincial devient inhabile à être administrateur, et son mandat prend fin (LCSA, art. 105(1) et 108(1); Ontario, art. 118(1) et 121(1); Alberta, art. 105(1) et 108(1)). En Colombie-Britannique, un administrateur déclaré inapte par un tribunal, ou visé par un certificat d’inaptitude, doit démissionner sans délai (art. 124). Au Québec, le majeur en tutelle ou pourvu d’un mandataire de protection est inhabile à être administrateur (Code civil, art. 327).
- Une procuration seule n’est pas une déclaration d’inaptitude. L’inhabilité exige généralement une décision d’un tribunal, une ordonnance de tutelle ou de curatelle, ou un certificat prévu par la loi provinciale : un administrateur dont le mandataire a commencé à agir peut donc, en principe, être encore en fonction.
- Le Delaware et le Model Act ne prévoient pas le décès ou l’inaptitude comme motif, mais le Delaware traite expressément de la société qui n’a plus d’administrateurs à la suite d’un décès (§ 223(a)), et les deux permettent de pourvoir le poste vacant.
Reconstituer le conseil quand il ne reste aucun administrateur
S’il reste d’autres administrateurs, ils peuvent généralement pourvoir eux-mêmes le poste vacant (LCSA, art. 111(1); Ontario, art. 124(1); Colombie-Britannique, art. 131; Québec, art. 145; Delaware, § 223(a)). Lorsque l’administrateur unique décède, ce sont les actionnaires qui doivent agir :
- Canada (loi fédérale), Ontario, Alberta et Québec : s’il n’y a aucun administrateur en fonction, tout actionnaire peut convoquer une assemblée des actionnaires pour élire des administrateurs (LCSA, art. 111(2); Ontario, art. 124(3); Alberta, art. 111(2); Québec, art. 146), ou les actionnaires peuvent les élire par une résolution écrite signée par tous (LCSA, art. 142(1); Ontario, art. 104(1); Alberta, art. 141(1); Québec, art. 178).
- Colombie-Britannique : des actionnaires détenant plus de la moitié des voix peuvent habiliter une personne à convoquer une assemblée ou à nommer des administrateurs, ou tous les actionnaires votants peuvent nommer des administrateurs par résolution unanime (art. 135).
- Delaware : tout dirigeant, tout actionnaire, ou l’exécuteur testamentaire, l’administrateur, le fiduciaire ou le tuteur d’un actionnaire peut convoquer une assemblée extraordinaire pour élire des administrateurs, ou demander à la Court of Chancery d’ordonner une élection (§ 223(a)).
- États qui suivent le Model Act : les actionnaires peuvent pourvoir un poste vacant (art. 8.10), notamment par un consentement écrit signé par tous (art. 7.04).
- Si le propriétaire décédé détenait toutes les actions, c’est le représentant de la succession qui signe à titre d’actionnaire : réglez donc d’abord la question des actions.
Si le propriétaire est vivant mais ne peut pas agir
Le mandataire désigné dans une procuration perpétuelle ou durable relative aux biens peut généralement exercer les droits du propriétaire comme actionnaire. L’Ontario permet au mandataire de signer les résolutions écrites des actionnaires et les procurations (art. 104(1)(a) et 110(2)), et la loi fédérale considère le mandataire comme un représentant personnel qui peut signer une procuration (art. 2(1) et 148(2)). Aucune des lois que nous avons vérifiées ne permet au mandataire de siéger au conseil à la place du propriétaire. Si le propriétaire était l’unique administrateur, le mandataire, en votant les actions, élit un nouvel administrateur pour que la société continue de fonctionner.
Au Québec, le mandat de protection qui porte sur l’administration des biens de la personne prend effet lorsqu’il est homologué par le tribunal (Code civil, art. 2131 et 2166), et la personne devient alors inhabile à être administrateur (art. 327).
Les dirigeants, la banque et le pouvoir de signature
- Le nouveau conseil confirme ou nomme les dirigeants. Au Delaware, un poste de dirigeant laissé vacant par un décès est pourvu selon les règlements ou, s’ils sont muets, par le conseil (§ 142(e)); au Québec, le dirigeant est un mandataire, et le mandat prend fin au décès (LSAQ, art. 116; Code civil, art. 2175).
- Remettez à la banque une nouvelle résolution modifiant les pouvoirs de signature adoptée par le nouveau conseil, avec un certificat de titularité qui indique qui sont maintenant les administrateurs et les dirigeants.
- Mettez à jour les registres des administrateurs, des dirigeants et des actionnaires, et classez les résolutions dans le livre des procès-verbaux.
Aviser le registre
- Canada, loi fédérale : un avis de changement des administrateurs à Corporations Canada dans les 15 jours (LCSA, art. 113(1)).
- Ontario : un avis de modification dans les 15 jours, qui indique la date à laquelle l’administrateur a cessé d’occuper son poste (Loi sur les renseignements exigés des personnes morales, art. 4(1)).
- Colombie-Britannique : un avis de changement des administrateurs dans les 15 jours (art. 127(1)).
- Alberta : un avis de changement des administrateurs dans les 15 jours (art. 113(1)).
- Québec : une déclaration de mise à jour dans les 30 jours, qui peut aussi devoir mettre à jour les bénéficiaires ultimes (Loi sur la publicité légale des entreprises, art. 33 et 41).
- Delaware : les administrateurs sont déclarés dans le prochain rapport annuel de taxe de franchise (8 Del. C. § 502).
Se préparer à l’avance
- Tenez à jour les registres, les résolutions et les certificats d’actions, pour que la succession n’ait pas à reconstituer le livre des procès-verbaux.
- Envisagez un deuxième administrateur, ou un dirigeant autre que vous qui peut signer, pour que la société ne soit pas paralysée pendant la reconstitution du conseil.
- Assurez-vous que votre testament et vos procurations traitent des actions, et que les personnes désignées savent où se trouve le livre des procès-verbaux.
- Vérifiez si une convention entre actionnaires prévoit ce qu’il advient des actions d’un propriétaire décédé ou inapte, par exemple un rachat.
Questions fréquentes
Qui dirige la société après le décès de l’administrateur unique?
Personne n’exerce les pouvoirs du conseil tant qu’un nouvel administrateur n’est pas élu. Le représentant de la succession, en exerçant les droits d’actionnaire du propriétaire décédé, en élit un, souvent par résolution écrite. Les dirigeants déjà en fonction peuvent parfois continuer de régler les affaires courantes entre-temps, mais les décisions du conseil attendent le nouvel administrateur.
Mon mandataire en vertu d’une procuration peut-il agir comme administrateur?
Pas à votre place. Aucune des lois que nous avons vérifiées ne permet à un mandataire de siéger au conseil pour vous. Le mandataire peut généralement voter vos actions et s’en servir pour élire un administrateur, qui peut être le mandataire lui-même.
La succession a-t-elle besoin d’une homologation avant d’utiliser les actions?
Pour inscrire les actions au nom de la succession, la société peut exiger les lettres d’homologation ou d’administration. Au Canada, une société fermée doit quand même permettre au représentant de l’actionnaire décédé d’exercer les droits de l’actionnaire avant l’inscription, une fois qu’il lui a fourni la preuve qu’elle exige.
Et si personne n’a le pouvoir d’agir?
Un tribunal peut ordonner la tenue d’une assemblée des actionnaires à la demande d’un actionnaire ou d’un administrateur (LCSA, art. 144; Ontario, art. 106; Alberta, art. 143; Colombie-Britannique, art. 186), et au Delaware, la Court of Chancery peut ordonner une élection (§ 223(a)).
Ce guide présente de l’information générale sur les registres d’entreprise au Canada et aux États-Unis. Il ne constitue pas un avis juridique. Les règles varient selon le territoire et changent avec le temps. Pour un conseil adapté à votre société, consultez un avocat, un notaire ou un comptable qualifié.
Sources
- Loi canadienne sur les sociétés par actions, articles 2, 51, 105, 108, 111, 113, 142, 144 et 148
- Loi sur les sociétés par actions (Ontario), articles 67, 104, 106, 110, 118, 121 et 124
- Loi sur les renseignements exigés des personnes morales (Ontario), article 4
- Business Corporations Act (Colombie-Britannique), articles 115, 118 et 119
- Business Corporations Act (Colombie-Britannique), articles 124, 127, 128, 131, 135 et 186
- Business Corporations Act (Alberta), articles 50, 105, 108, 111, 113, 141 et 143
- Loi sur les sociétés par actions (Québec), articles 116, 145, 146, 178 et 181
- Code civil du Québec, articles 321, 327, 802, 1302, 2131, 2166 et 2175
- Loi sur la publicité légale des entreprises (Québec), articles 33 et 41
- Delaware General Corporation Law, articles 141 et 142
- Delaware General Corporation Law, articles 217 et 223
- Delaware Code, titre 8, chapitre 5 (rapport annuel de taxe de franchise)
- Model Business Corporation Act (American Bar Association), articles 7.04, 7.24 et 8.10
